Emmanuel Macron ne part pas de rien dans le domaine du numérique. Son passage à Bercy au ministère de l’économie, de l’industrie et du numérique en 2015 aura laissé des marques dans ce dernier domaine, et lui a permis d’être apprécié par les professionnels du numérique. En effet, 83% des e-commerçants le considéraient en 2016 comme « l’homme le plus proche des questions digitales » selon un sondage LSA/FEVAD. Son programme présidentiel lui permettra-t-il de rester si bien vu ?

Pour une économie numérique

Le programme d’Emmanuel Macron pour l’économie numérique est simple : aider les TPE et les PME à passer à l’ère numérique. Cela se traduit notamment par un accès privilégié à la formation professionnelle numérique si les transformations de ces entreprises demandent une requalification en temps limité de leurs salariés. Cette volonté de conduire les petites entreprises vers le numérique s’illustre également par la création d’un fonds de financement européen de 5 milliards d’euros pour « accompagner la croissance des startups européennes du numérique ».

Ce cadre européen est très présent dans la politique économique numérique d’Emmanuel Macron, qu’il considère « pertinent pour développer le potentiel économique du numérique ». Ainsi, en plus du fonds de financement des startups, Monsieur Macron souhaite créer un marché unique du numérique en Europe, « qui permettra aux entreprises innovantes de disposer des mêmes règles partout dans l’Union Européenne ». La régulation de cette économie numérique se ferait également au niveau européen, à l’aide de la mise en place d’une taxe européenne sur les chiffres d’affaires des entreprises étrangères pour des « prestations de service électronique » et d’une « agence européenne pour la confiance numérique ». Le rôle de cette agence serait de s’assurer que les droits des utilisateurs soient protégés et que la concurrence demeure équitable.

L’innovation dans le domaine du numérique est très largement mise en avant dans le programme du président élu. Ainsi, les sociétés pourront « expérimenter » et « tester de nouvelles solutions » en dérogeant aux dispositions en vigueur selon certaines conditions : sur une période limitée, dans un cadre limité, et « dans le respect des impératifs de sécurité, de protection du consommateur et de loyauté de la concurrence ». Diverses autres propositions visent à encourager l’innovation :

  • La création d’un fonds pour l’industrie et l’innovation de 10 milliards d’euros, dans le but de financer « l’industrie du futur ».
  • L’adoption d’un nouveau cadre fiscal propice à l’investissement dans l’innovation, notamment en remplaçant l’ISF par un impôt sur la fortune immobilière seulement.
  • Un développement national de l’intelligence artificielle, porteuse d’enjeux futurs pour le travail et l’emploi.

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Un numérique omniprésent

Le président Macron souhaite non seulement développer l’économie numérique, mais également faire du numérique un outil omniprésent dans la vie de tous les jours. Ainsi, le nouveau président de la République souhaite développer le numérique dans plusieurs domaines :

  • Social : afin de pouvoir développer le numérique, Emmanuel Macron souhaite d’abord donner l’accès au très haut débit partout en France, éliminer les zones sans réseau et développer des services locaux de formation aux outils du numérique.
  • Santé : un important développement de la télémédecine est voulu par le nouveau président, ainsi que l’usage des objets connectés dans le suivi à distance des patients. Cela permettrait selon En Marche ! de lutter contre les déserts médicaux.
  • Administration : l’objectif du quinquennat est d’arriver à 100% des démarches administratives pouvant être effectuées sur internet, excepté la première remise des documents d’identité officiels.
  • Etat-plateforme : Monsieur Macron souhaite mettre en place le concept d’Etat-plateforme, c’est-à-dire un Etat servant de cadre de développement, à l’intérieur duquel les citoyens eux-mêmes proposent des solutions et agissent. L’exemple illustrant ce concept est celui d’un smartphone, qui sert de cadre à des applications créées par des acteurs différents du constructeur du smartphone. La numérisation des services publics permettrait la transformation de l’Etat actuel en Etat-plateforme.

 

Le nouveau président projette donc de développer le numérique de façon ambitieuse, d’étendre les champs d’actions liés à ce domaine dans l’économie, grâce notamment à l’Europe. Mais encore à celui de la vie quotidienne avec une numérisation de l’Etat et de ses services. Vient maintenant la question de la mise en place de ce projet ambitieux, celle de savoir s’il est réalisable et, si oui, quels seront les risques et les impacts sur la vie quotidienne des citoyens.